Au fil des villes du Loiret…

Bellegarde

 

Rosier emblématique : le rosier Prestige de Bellegarde, crée par A. Eve en 1972

Bellegarde, avec sa région, où l’on produit plus de 3 millions de rosiers par an, est le troisième pôle de production de roses en France. Et cette jolie ville d’entre Gâtinais et Forêt d’Orléans s’enorgueillit d’être aussi la cité des roses : lorsqu’en 1972 la Société Française des Roses décide, à l’initiative de son président M. Souzy, de créer des Villages de Roses, c’est Bellegarde-du-Loiret qui est choisi comme premier Village des Roses de France.

La célèbre Foire aux rosiers a lieu, depuis 1989, pendant le week-end de Pâques, et, à la mi-novembre, le Marché des rosiéristes crée à nouveau l’évènement en pleine période de plantation. Tout au long de la belle saison, les milliers de rosiers bellegardois plantés dans le parc du château, autour du donjon, composent un merveilleux décor.

Des générations de rosiéristes se sont succédé depuis plus de 120 ans en pays bellegardois. Ce sont les églantiers de la forêt toute proche qui sont à l’origine de cette spécialisation horticole très particulière. Les paysans du coin, plus spécialement ceux de Quiers-sur-Bezonde, pour se faire quelques sous pendant la mauvaise saison, allaient en hiver en forêt arracher des églantiers pour les revendre aux pépiniéristes orléanais qui les greffaient et alimentaient ainsi leur production de rosiers. Et puis, à la fin du 19e siècle, l’un de ces Bellegardois eut l’idée de travailler lui-même ces églantiers sauvages pour obtenir de vrais rosiers. Il s’appelait Jacques-Lucien Pilté, et conseillé à ses débuts par Eugène Turbat, fameux rosiériste orléanais, il développe avec succès, à partir de 1897, la culture des rosiers-tiges, qui devient rapidement la spécialité de Bellegarde. Dans les années 50, plus de 50 000 rosiers-tiges y sont produits chaque année. Parallèlement, après les années 1930, la production s’étend aux rosiers nains et buissons, production qui se développera vraiment après la Deuxième Guerre mondiale.

Depuis cet aïeul fondateur, la passion de la rose se transmet de génération en génération chez les Pilté qui cultivent toujours les roses près de Bellegarde : les roseraies France Pilté et les roseraies Pilté-Blin.

Les pépinières-roseraies Raffard, quant à elles, sont installées à Quiers sur Bezonde depuis 1935. Et la famille est toujours vouée aux roses. Camille Raffard y a ouvert, au 84 rue Dorée, un ravissant Comptoir des Roses, à la fois boutique de fleurs et salon de thé. Voir le Comptoir des Roses.

Aujourd’hui, la communauté de communes regroupe toujours une dizaine d’entreprises horticoles. Beaucoup d’entre elles, comme l’entreprise France Pilté se sont recentrées sur la production de rosiers et sont regroupées au sein du Groupement des Rosiers de Bellegarde.

Enfin, lorsqu’en 1972 Bellegarde est reconnu, en grande pompe, Premier Village des Roses en France (après avoir planté plus de 10 000 rosiers en trois ans !), le grand rosiériste André Eve créé un fameux rosier polyantha baptisé « Prestige de Bellegarde », qui fait de gros bouquets de fleurs rouges magnifiques. Cette rose dédiée à Bellegarde a l’actrice Marie Dubois pour marraine et, présentée au concours de Roses d’Orléans en 1975, elle obtient la Rose d’Or, distinction rare. C’est un rosier remarquable, très résistant et très remontant, qui fait merveille dans les jardins.

 

Mme de Montespan et les roses

La Marquise de Montespan, la mère du duc d’Antin, l’une des favorites les plus flamboyantes de Louis XIV, adorait les fleurs et les parfums. En 1670, son royal amant lui avait fait construire le petit Trianon de Porcelaine, dont le jardin fut confié à un très habile jardinier nommé Lebouteux : il ne tarda pas à être rempli de fleurs les plus variées et les plus odorantes, au point qu’on le surnomma le Jardin des Parfums. Il y avait quantité d’orangers, de citronniers, de jasmins, de myrtes, et de roses bien sûr. Petit clin d’œil de l’histoire : nous savons par le Registre des dépenses des Bâtiments du Roi que la majeure partie de ces plantes avaient été fournies par les « jardiniers » (on ne disait pas encore « pépiniéristes ») d’Orléans, dont c’était la spécialité.

La marquise de Montespan aimait beaucoup Bellegarde que le duc d’Antin avait transformé en une somptueuse résidence, dans l’écrin d’un élégant jardin à la française, dans lequel les roses occupent (déjà !) leur place de reines des fleurs. A partir de 1690, lorsqu’elle est disgraciée par le Roi, elle se rapproche du duc d’Antin, son seul fils légitime, et fait de nombreux séjours à Bellegarde où son fils lui a fait décorer un bel appartement, carrelé de faïences de Nevers à ses armes.

En hommage à la favorite, maîtresse dans l’art des parfums, Globe Planter a baptisé l’un des rosiers de sa collection Perfuma (création Kordès), « Mme de Montespan » : c’est un hybride de thé aux boutons violets s’ouvrant en fleurs colorées rouge pourpre, au parfum intense et harmonique. Voici comment Jean Pouillart décrit cette rose ensorceleuse :

Cette parfaite beauté parfumée séduit par son noble et sensuel parfum. Des aspects floraux et fruités se balancent dans une parfaite harmonie. À côté de la note classique de rosier accompagnée d’une touche de citron et de notes de fond de géranium rosat, le litchi brille clairement et fraîchement. La fleur fruitée du sureau, la pêche et un peu de mirabelle créent un lien avec la note de fond. Celle-ci se repose sur un doux lit de miel et de notes finement terreuses.

 

Découverte du patrimoine en lien avec les roses

Dans la très belle église romane de Bellegarde (dont la façade est une magnifique réalisation du 12e siècle, la plus belle que possède le Loiret, Saint-Benoît-sur-Loire mis à part), un grand tableau illustrant le thème du Rosaire est fixé au mur occidental du sanctuaire.

Ce grand tableau du 17e siècle faisait partie de la riche collection du duc d’Antin (dont les armes figurent en bas du tableau).

 

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