Au fil des villes du Loiret…

Châteauneuf-sur-Loire

 

Entre les roses et le parc du château de Châteauneuf, c’est une très vieille histoire 


Au temps du duc d’Orléans
A la fin du 14e siècle, le duc Louis d’Orléans (fils de Charles V, frère unique du roi Charles VI et père de notre poète Charles d’Orléans), qui possède le château de Châteauneuf, fait faire des travaux d’embellissement dans ses jardins. On sait, d’après des documents conservés aux archives départementales, que, parmi divers travaux de jardinages, les « berceaux et tonnelles » ont été entièrement refaits à neuf en 1394. Ces tonnelles de bois servaient de support à des plantes grimpantes, dont de nombreux rosiers. En effet, ce grand prince, imprégné de l’humanisme naissant qu’il a découvert en Italie, et son épouse Valentine de Milan, avaient le goût des jardins. Les roses apparaissent souvent dans les comptes du couple princier, sous forme de bouquets ou de chapeaux de roses.

C’est Louis d’Orléans qui, lors d’une fête dédiée à la rose, symbole de l’amour courtois, suscita la création de l’Ordre de la Rose et la composition par Christine de Pisan du poème « Le Dit de la Rose ».

Voir Les Roses du Loiret et les poètes

Les roses au temps du duc de Penthièvre
Le duc de Penthièvre, petit-fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan achète le domaine de Châteauneuf et 1783, dont il fait sa résidence préférée. Grand amateur de jardins, il fait construire, pour abriter sa remarquable collection d’orangers la magnifique orangerie toujours visible aujourd’hui. Pour plaire à sa belle-fille, la délicate princesse de Lamballe, qui se plaint de ne pas avoir de promenade ombragée de plain-pied avec son appartement, le duc de Penthièvre fait chercher des tilleuls déjà âgés, qu’il fait planter dans la nuit, pour que la princesse découvre cette belle allée le lendemain matin. Elle existe toujours et porte le nom d’Allée de Lamballe. Il embellit son parc en y faisant planter des rosiers.

Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre (1725-1793) et sa fille, Louise-Adelaïde, Charpentier Jean-Baptiste, le Vieux : sur ce tableau, dont la scène se situe dans l’un des parcs du duc, les roses sont partout : derrière le banc, un beau rosier grimpant est tout en fleurs, et la jeune fille cueille des roses dans une corbeille.

La princesse de Lamballe et les roses Chevette : sur le fameux portrait de la princesse de Lamballe (attribué à Antoine-François Callet, au Musée de Versailles), une guirlande de ces roses orne sa coiffure, tandis qu’une autre est posée sur sa robe.
La princesse de Lamballe, belle-fille du duc de Penthièvre qui l’adorait, a fait de fréquents séjours au château de Châteauneuf. Elle est l’héroïne d’une bien jolie histoire de roses, qui étaient ses fleurs préférées et dont elle ornait chaque jour sa coiffure et son corsage : pour lui plaire, un horticulteur de Bagnolet, Hilaire-Germain Chevet, crée en 1780, une délicate rose rose, au parfum subtil, que la princesse adopte aussitôt et pique dans ses cheveux. Le succès à la Cour est immédiat, au point que le jardinier ouvre une succursale près de Trianon : toutes les jeunes femmes de la Cour, Marie-Antoinette en tête ne veulent pas d’autres roses que les roses de Chevet (baptisées « roses Chevettes »). Fidèle à sa royale cliente, Chevet va, pendant la Révolution, porter encore des bouquets à la Conciergerie, risquant ainsi sa tête…

Les roses à Châteauneuf au temps d’Eulalie Lebrun
Eulalie Lebrun, mariée à Pierre-François Ladureau devient propriétaire de ce qui restait du château à la mort de son père en 1819 (ce dernier Benoist Lebrun avait démoli la majeure partie du château pour revendre les matériaux, et laissé le beau parc à la française à l’abandon).
C’est donc elle qui va redonner vie au parc de Châteauneuf en faisant appel à un remarquable paysagiste, René-Charles Huillard d’Hérou. Une rose a été dédiée à cette grande amoureuse des jardins en 1844 par JP Vibert (1777-1866), l’un des plus grands obtenteurs de roses du début du XIXe siècle.  La rose Eulalie Lebrun, une rose gallique panachée ravissante délicatement striée de rose, de lilas et de blanc, considérée alors comme l’une des plus belle rose cent-feuilles. Ce rosier ancien non remontant est toujours commercialisé. Voir Les roses du Loiret et les femmes.

Le Jardin Jean Boucher, en bordure des douves du Parc, qui appartient aux Amis du Parc, est planté de très nombreux rosiers. Les Amis du Parc y proposent de fréquentes animations, avec en particulier taille et greffe des rosiers.

La grande figure castelneuvienne Albert Viger, plusieurs fois Ministre de l’Agriculture, sénateur-maire de Châteauneuf, est un passionné de roses. Très proche de Jules Gravereaux , créateur de la roseraie de L’Haÿ-les-Roses et de Maurice de Vilmorin, propriétaire des Barres à Nogent-sur-Vernisson et président de la section des Roses de la Société Nationale d’Horticulture de France (la SNHF), il compte aussi de nombreux amis parmi les grands rosiéristes orléanais tels que Gouchault, Barbier ou Turbat. Il devient Président de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF) et président d’honneur de la Société des Amis des Roses. C’est à son initiative que se tiendra le 10 novembre 1897 le premier congrès national de la Rose. Orléans, renommée pour la vitalité de ses activités horticoles, a été tout naturellement retenu pour recevoir cette importante manifestation qui réunit professionnels et passionnés de roses. Et c’est sous la présidence d’Albert Viger que le Congrès s’est déroulé. Il fût également président du Congrès international d’Horticulture de Paris en 1900, manifestation de grande envergure dans laquelle la rosiculture a tenu une place importante.
Une rose a été dédiée à son épouse et baptisée « Madame Viger » (obtention Léon Jupeau). C’est une grosse rose chou d’un rose tendre ravissant qui reçu le 1er prix à l’Exposition Universelle de Paris en 1900.

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