Au fil des villes du Loiret…

Chevannes

 

La rose, entre la légende et la poésie

 

Chevannes et Sainte Rose

Chevannes est traversé par le ruisseau Sainte-Rose, qui y a sa confluence avec le Betz. Depuis sa source, un peu en amont près d’Ervauville, ce ru, au cours champêtre et fantasque, disparaît dans des gouffres quand ça lui chante. A Chevannes, il resurgit à grands flots à l’entrée du village, où baigne un petit lavoir, avant de se jeter dans le Betz.

Et c’est là, un peu en amont du vieux pont sur la Sainte-Rose, sur le chemin de l’ancien pèlerinage à Sainte Rose, que se trouve un bijou du petit patrimoine gâtinais : la chapelle Notre-Dame de Pitié qui comporte une partie haute, du XIIe siècle, et une partie basse, construite au XVIIe siècle ; entre les deux parties, qui ne peuvent communiquer, une seule fenêtre fermée par une grille de bois. Lieu de pèlerinage ancien, encore très fréquenté jusque dans les années 1870, la chapelle longtemps abandonnée a été entièrement restaurée en 2006 grâce à la famille américaine Dupont de Nemours, originaire du village.

 

Dupont de Nemours, un très grand personnage à Chevannes

Brillant économiste, homme politique libéral, agronome éclairé, ami de Turgot, Mirabeau, La Fayette, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Pierre-Samuel Dupont de Nemours, à l’origine de l’empire industriel américain Dupont de Nemours, avait acheté en 1774, à Chevannes le domaine du Bois-des-Fossés, attiré dans ce coin du Loiret par son amitié avec Mirabeau, qui habitait tout près de là, au Bignon-Mirabeau.

Dans cette maison de campagne, il s’est adonné à ses deux « violons d’Ingres », le jardinage et la poésie : il dessine et aménage un beau jardin en amphithéâtre, par-dessus le vallon du Betz, et profite de ce temps de calme dans une carrière politique agitée pour se livrer à l’agriculture et à l’observation de la nature. Inspiré par cette douce campagne gâtinaise, il écrit alors des poèmes bucoliques, dont l’un est inspiré par les roses de son jardin du Bois-des-Fossés :

« La jeune fille est cette aimable rose
Qui, solitaire en un riant jardin,
Sur son épine en sûreté repose,
Loin des troupeaux, loin des bergers, nul n’ose
En approcher une indiscrète main.
Le doux zéphire et les pleurs du matin,
L’onde et la terre à la parer conspirent,
Le tendre amant, l’amante la désirent
Pour en orner leur tête ou leur sein… »

 

Son épouse, Marie-Louise Le Dée, était très attachée à ce domaine champêtre où elle décède à 41 ans. Elle est enterrée à Chevannes, où son tombeau se trouve sur le côté gauche de l’église Saint-Sulpice.

Poursuivi puis arrêté et sauvé de justesse pendant la Terreur, Dupont de Nemours décide de s’installer définitivement aux Etats-Unis, avec ses deux fils : ils créent en 1799 la Société Dupont de Nemours dans le Delaware, jetant les bases d’une des entreprises chimiques les plus importantes au monde.

En 1930, l’un des descendants américains Dupont de Nemours a financé la restauration de l’église de Chevannes en souvenir du grand ancêtre.

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